«J'ai toujours aimé regarder les étoiles. Ce fut une joie qu'il avait appris dans son enfance quand, la nuit, ouvre les fenêtres grandes ouvertes" ( "battement d'ailes")
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Battements d’ailes

À Xus et Arago, qui veulent aussi voler
J’ai toujours aimé regarder les étoiles. C’est un plaisir que j’ai appris pendant mon enfance quand, la nuit, j’ouvrais a les fenêtres de part en part –que ce soit en hiver où en été – et je levais les yeux au dessus des toits des bâtiments d’en face. J’aimais regarder tranquillement les astres alignés. Les intermittences étaient des spectacles ordonnés, fidèles aux lois de la nature, que j’avais le droit d’admirer grâce à la décision des dieux. Des formes bizarres qui parlaient à l’esprit se définissaient. Le mot germinait ainsi de ma pensée. Je voulais mettre des adjectifs à beaucoup de sensations et de moments vécus qui m’avaient rempli le cœur de joie. J’associais momentanément des idées qui, parfois, provoquaient en moi un petit rire qui sortait de sa bouche.

Je frémissais quand le vent soufflait entre les volets de bois du quartier. Je m’impatientais parce que j’avais peur. Je craignais ce bruit permanent des froides nuits d’hiver quand, malgré le règne étendu des étoiles, ces objets diaboliques grinçaient. Je mettais la tête sous les couvertures à la recherche de la chaleur émanant du reste de mon corps. Isolé de la terreur de cette nuit, je me glissais comme un serpent dans le lit. Je voulais trouver le monde idéal que j’avais toujours imaginé ; cet univers de paix et d’amour, plein d’humanisme où la lumière l’emporte toujours contre le mal. C’étaient des moments pour se souvenir des héros d’enfance de l’époque, les chanteurs et les actrices qui tu aimais parce que, toi et toi seul, savais que le monde tournait. Et l’esprit tournait et m’emportait, dans l’obscurité de mon lit, en volant en cercles. Je dépliais les ailes et planais dans les airs. Je déployais mes ailes et jouissais de la terre et de l’eau. Le vent m’emportait sur des terres lointaines et j’aimais ça. Je voyais des villages et des villes inconnues, pleins de personnes inconnues mais amies, tout le monde me saluait avec la main car ils savaient que j’étais bon, que je les aimais vraiment, qu’ils avaient été créés pour être avec moi. Les forêts sont fondaient dans l’horizon, laissant entrevoir des pics affilés où naissaient des eaux chaudes qui coulaient sans s’arrêter. Et le brouillard montait et montait, jouant avec le regard, qui chaque fois avait plus de mal à différencier les figures concrètes qui y vivaient. J’ouvrais les ailes et courrais à travers le vent, je planais dans de grandes galeries d’air et je me précipitais dans l’affection. Je voulais exprimer tous ces sentiments afin de divertir les moments tendres de l’enfance, mais ce fut difficile.

Moi-même, chevalier du royaume sous les couvertures, j’avais peur de ce qu’il y avait dehors. Je vivais dans une maison inconnue qui ne semblait pas bercer mes souffrances. Je fouettais l’épée contre l’ennemi et il n’apparaissait pas. Je me protégeais la tête avec le casque d’or et laissais tomber sur mes épaules des plumes d’argent qui élongeaient ma figure, me donnant sécurité dans le conflit imminent. Je défendrais ma Laura ou Carmesina, Helena ou Dulcinée ; elle se sentirait rassurée par la force de son bien-aimé et, je vengerais son déshonneur. Je punirais les offenses reçues quel qu’en soit l’auteur. Et nous partirions ensuite à mon château de bonté pour y créer un foyer où tous nos amis y auraient leur place. J’aurais une vie ordonnée, modèle pour la société de cette époque. C’était les années soixante-dix.

J’entendais les ronflements de mes parents depuis la chambre voisine et j’arrêtais de souffrir. Quelqu’un était avec moi, mais si quelque chose m’arrivais, qui viendrait à mon secours? Ils dormaient et je souffrais. Je souffrais de la solitude de la nuit et au-delà, loin, très loin, le seuil de la porte laissait entrevoir un couloir sombre. Et j’avais peur, cela m’embêtais de penser à ce qu’il y avait à l’autre bout de l’obscurité, ce qu’il y avait à l’autre bout de l’obscurité, que pouvait-il y avoir, que ferais-je pour me sauver si un animal m’attaquait pendant la nuit?

Je connaissais les vieux monstres qui effrayaient  mon heureuse enfance. J’étais un enfant calme, attentif et silencieux, calme et réfléchi, sensible aux nouveautés qui avaient lieu … Les animaux sauvages m’accompagnaient toujours afin de ne pas perdre le chemin de la fantaisie. Avec eux l’imagination ne connaissait pas de frontières ou de limites. Nous avions des aventures fabuleuses où tous, bêtes et  êtres humains, étions amis, et nous courrions, sautions sur l’herbe verte qui poussait dans la vallée. Nous montions les crêtes escarpées et descendions des canyons rempli de vie. Il y avait toujours des petites bêtes bavardes: et comme ils criaient ces maudits dans ces lieux! Tous courraient et jouaient  à être quelqu’un d’autre. J’aimais transformer le corps en figure de l’un de mes petits amis. Voir comment le corps et les jambes fondaient, ne laissant que deux insignifiants petits pieds qui battaient l’un contre l’autre sans cesse ; j’aimais bien étendre les bras jusqu’ à toucher le sol avec les mains, marcher à quatre pattes et faire pousser les cheveux. Me sentir un être féroce de la nature, crier et faire des bruits enchantés qui capteraient l’attention de nouveaux compagnons de rêves et des désirs.

Il y avait aussi des arbres feuillus et pensifs avec qui je pouvais parler de tout ce que je voulais, je leurs faisais des questions bizarres et directes qui parfois les faisaient rougir et il ne me répondaient pas. Ils étaient timides et discrets, mais ils aimaient les enfants puisqu’ils parlaient avec eux. Ils nous racontaient comment ils étaient nés et pourquoi ils étaient là. Ils étaient venus de loin pour chercher la joie et ils l’avaient trouvé avec nous. Ils appréciaient de voir nos jeux autour des souches et ils se plaignaient doucement, si quelqu’un d’entre-nous -petites bêtes ou enfants comme moi- heurtait doucement l’écorce du tronc. Car le ciel bougeait encore, ensorcelé par des oiseaux magiques. Ils disaient d’une voix aiguë qu’ils fuyaient la nuit et qu’ils nous avaient rencontrés. Et nous, nous chantions des mélodieuses chansons qu’ils remerciaient avec leurs danses, provoquant des rafales de vent qui nous emmêlaient les cheveux …

… Parce j’aimais imaginer que le réel n’existait pas, et je pensais, protégé par le frottement des draps. Calmement, je découvrais la moitié de mon visage pour sentir l’air frais sur mon nez sensible. Mais soudain, je sentais des empreintes qui m’obligeaient à revenir à ma cachette secrète. Une décision urgente était nécessaire pour organiser la défense de ma nudité. Mais ensuite j’identifiais la promenade nocturne d’un de mes frères, qui errait dans le couloir à la recherche d’eau pour étancher la soif d’un repas lourd.

Donc, avec de simples draps, je pouvais éviter la crainte d’un monde inconnu que je devrais bientôt connaître, parce que je voulais être plus grande et il n’avait plus beaucoup de temps, et le vent soufflait dans la rue.

Il semblait que quelqu’un marchait dans la rue. Le froid avait dû faire fuir les derniers piétons et il s’était emparé de la ville dans l’obscurité d’une nuit d’hiver. Et moi, je voulais être grand…