Je voudrais, en réalité, que tout soit mensonge et énigme, fantaisie et illusion, d’une manière différente de celle que je voyais dans les miroirs. (Marta dessine ponts)
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Suite française

16 August 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , , , , , | Sense comentaris »

Némirovsky-Suite001Suite française, Irène Némirovsky, Paris, Éditions Denoël, 2004

L’histoire la plus forte, la plus intense, la plus personnelle, de toute la trajectoire de l’écrivaine d’origine ukrainienne, est, sans doute, ce roman. Il est publié après sa mort et il est sauvé grâce à l’action de ses filles qui ont survécu à leurs parents. Le roman est clairement autobiographique ; Némirovsky parle de la France qui est occupée par l’armée allemande et qui devient un pays sans liberté. Les juifs, comme elle même perdent leur possibilité de vivre comme les autres et, aussitôt, comme finalement il arrive à l’écrivain, peuvent mourir.

Le roman est construit comme un vrai miroir de la société français du moment. Différentes familles offrent différents points de vue sur la nouvelle situation créée avec l’arrivée de l’occupation nazie : les Péricand, une famille de haute classe  ; l’écrivain Gabriel Corte ; Charles Langelet ; Hubert (avec une trajectoire similaire à celle d’Adrià Guinart, le héro de Mercè Rodoreda à Quanta, quanta guerra…) ; les Michaud, entre autres. Némirovsky travallait beaucoup dans les dernièrs temps  ; malgré tout, elle n’a pas la sécurité de pouvoir publier de son vivant: « Cher ami… pensez à moi. J’ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps. » (Irène Némirovsky à Albin Michel, éd., 11.07.1942 ; page 26).

C’est la valeur de cette pièce littéraire au panorama des lettres européennes du XX siècle, comme Myriam Anissimov disait en Préface : « une œuvre violente, une fresque extraordinairement lucide, une photo prise sur le vif de la France et des Français : routes de l’exode, villages envahis par des femmes et des enfants épuisés, affamés, luttant pour obtenir la possibilité de dormir sur une simple chaise dans le couloir d’une auberge de campagne » (page 28). C’est une œuvre réalisée avec beaucoup de sentiments, « la rage au cœur » (page 42), devant de la réalité, « la guerre est perdue ? » (page 49). Et le sens de l’impuissance : « c’est une jungle, nous sommes pris dans une jungle… » (page 123).

La surprise devant l’invasion allemande est complète. Le parallèle avec la Première Guerre Mondiale né au début de l’histoire : « c’était étrange de voir à quel point les souvenirs de l’autre guerre étaient vivants ici. » (page 203). Les français ne savaient pas comment réagir devant une situation qui les avaient débordés complètement ; les protagonistes de l’histoire montrent leur contradictions, communes à toute la société : « Nous, nous sommes les moutons bons à tondre. Qu’on m’explique pourquoi ? » (page 267).

Et une conclusion magnifique, superbe : « Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l’âme d’un homme mais ils la précisent » (page 271). Finalement, les notes manuscrites de la fin du livre apportent le complément parfait pour mieux comprendre la vision de l’histoire que Némirovsky veut apporter dans sa dernière pièce, peut être, la plus complète, de sa vision du monde et des difficiles situations personnelles qu’elle devait vivre. Une pièce magnifique.


Aurora boreal

16 August 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , , , , | Sense comentaris »

Larsson-Aurora001Aurora boreal, Asa Larsson, Barcelona, Columna, 2009 (2003)

Com a un dels referents de la nova novel·la policíaca escandinava, el llibre de Larsson no aporta res en especial al gènere. Potser tan sols la magnífica descripció de l’ambient on se situa la història, la població minera del nord de Suècia, Kiruna. Un valor afegit si, com és el nostre cas, hem conegut recentment aquesta ciutat. La nit, el fred, la manca de llum, la solitud dels personatges, l’acció salvatge de l’assassinat inicial; tot això no seria d’igual manera en un altre espai narratiu.

La referència continuada a l’arribada del capvespre, o siga, a la desaparició completa de la llum, provoca en el lector una angoixa contínua davant d’uns esdeveniments on les dones són les autèntiques protagonistes de la novel·la. Rebecka Martinsson, una advocada establerta a Estocolm i que torna a Kiruna per a defensar la Sanna Strandgard, germana de la víctima (en Víctor) i, molt especialment, a inspectora de policia Anna-Maria Mella, l’embaràs de la qual no esdevé un problema per a dur endavant el seu treball en plena igualtat de sexes. Una església de vidre inventada, on conflueixen tres corrents religioses que esdevenen una mena de secta que distorsiona la realitat dels habitants de la Kiruna literària.

A l’igual que en la trilogia de Larsson, les referències als episodis reals de la història actual sueca ofereixen una versemblança i proximitat que atrau encara més el lector que coneix una mica aquella realitat. D’igual manera, l’autora incorpora passatges del passat dels protagonistes, moments de retrospecció, que serveixen per construir psicològicament els personatges i conéixer l’abast de la seua implicació en els conflictes construïts.


Fa mil anys que sóc aquí

16 August 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , | Sense comentaris »

mariolina venezia001Fa mil anys que sóc aquí, Mariolina Venezia, Barcelona, La Campana, 2007 (2006)

La història de cinc generacions de dones ambientada al sud italià ens ofereix un curiós paral·lel amb les històries familiars de la Montserrat Roig a l’Eixample, la Mercè Rodoreda a Sant Gervasi o, a l’altra banda de l’Atlàntic, el Gabriel García Márquez. Es tracta d’un llibre no pretenciós que intenta oferir el retrat directe d’una societat genüina on la cultura i les tradicions guanyen a la llibertat individual de cada protagonista. Tan sols la darrera d’aquestes, Alba, enmig de les transformacions socials i polítiques de la Itàlia (i Europa) de la segona part del segle XX aconsegueix trencar amb el pes de la tradició.

Una novel·la ben escrita, amena, suggerent, amb tocs d’humor dispersos que provoquen la proximitat dels personatges que es queda, al nostre parer, en la mera descripció d’uns retrats prototipitzats de personatges del sud d’Itàlia. Així, les perspectives iniciades en la primera pàgina, per localitzar qui és la veu narrativa, es perden enmig del marasme de persones que centren unes famílies extenses on els noms, sobretot en el cas de les dones, es repeteixen. Cal destacar la desigual referència als fets històrics en els darrers capítols, amb una autora que sembla de sobte preocupada pels esdeveniments de la societat de les darreres dècades amb una localització i ampliació minuciosa de diversos fets que han marcat la recent història italiana i, de retruc, la dels seus personatges: “No és el 1968, és el 1977, no tenim ni passat ni futur, la història ens mata.” (pàg. 290).


Vin de solitud

29 May 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , , | Sense comentaris »

visolitud-némirovsky001Vin de solitud, Irène Némirovsky, Barcelone, La Magrana, 2009 (1935)

Le petit bijou de Némirovsky est à la fois une œuvre autobiographique. L’histoire d’une famille Russe –formé d’un père juif et d’une bourgeoise- qui se refuge à Paris après la victoire de la Révolution Russe, possède beaucoup d’éléments qui rappellent la vie de l’écrivain qui a adopté très vit le Français comme langue littéraire. L’approche d’un éternel conflit entre Hélène, la fille, et Bella, la mère qui semble posséder une origine personnelle dans la vie de l’écrivain, et qui sans aucun doute nous entraine  dans un autre de ses textes, Le Bal (1930), ou la jeune Antoinette vivait un féroce affrontement avec sa mère, Madame Kampf. Le même recours, le même contraste, une origine autobiographique, qui devient la clé de la conception du déracinement du personnage principal.

Dans ce cas, l’histoire de Karol, avec Boris et Bella comme patriarches, est l’histoire de la désillusion et le déracinement des familles riches qui suit la Révolution russe. Tout cela avec une France qui leur donne un abri et où ils ont l’intention de mener la même vie d’excès qu’ils menaient auparavant. La fragilité et la superficialité de Bella Karol, avec la concrétion de plusieurs amants acceptés par le mari, comme le jeune cousin Max, est un bon point d’opposition avec les principes essentiels qui se réaffirment chez la jeune Hélène. Hélène est comme la Valentine de Carles Soldevila ou la Aloma de Mercè Rodoreda. Trois romans de la même époque qui essayent de refléter la transformation sociale des années vingt et trente, dans la période de l’enrichissement et de la paix politique entre les deux guerres, où les jeunes femmes sont l’un des plus importants de ces changements. Nous ne pouvons pas parler d’influences directes, mais les similitudes entre les trois textes et les concrétions psychologiques de ses protagonistes sont évidentes. Ainsi, on peut trouver différentes interventions d’Hélène rejetant l’importance de l’amour, en harmonie avec les protagonistes de Soldevila et  de Rodoreda: «Ils appellent cela l’amour? » (P. 58), «l’amour est laid et stupide .. . »(p. 185). De même, la reconnaissance est caractéristique de la maturité effectuée en raison des conditions de vie difficiles: “Ce qu’on peut être vieux à douze ans …” (P. 80). Et la volonté de reconnaissance de la condition du genre : « ce qui lui plaisait le plus était la sensation d’orgueil que lui proportionnait son pouvoir de femme » (P. 144). Hélène, une fois la mort du père, décide de quitter la maison, et en compagnie de son chat, prend route pour  la ville de Paris, pour l’Arc de Triomphe, un voyage similaire à celui qui apparait dans le roman de Rodoreda. Tout cela avec des techniques d’approche du « moi intérieur » du personnage, comme la réalisation du monologue intérieur, qui se présente comme l’un des romans le plus innovateur d’Irène Némirovsky.


Le sourire des saints

9 May 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , | Sense comentaris »

llor-somriureLe sourire des saints, Miquel Llor, Barcelone, Ed. 62, 1947 (1987)

Il est toujours bon de relire certains livres lu lors de notre période académique. A cette occasion, la deuxième partie de Laura dans la ville des Saints (1931) devient un outil utile pour se rappeler des objectifs initiaux de l’auteur: la description d’un portrait psychologique en transformation dans le cadre d’un espace réaliste actif. Tout cela disparait à présent. La volonté de l’auteur de surmonter le conflit que le roman a été créé avec sa population de naissance, Vic, cause la réalisation d’une histoire attirante pour ceux qui ont lu le livre plus tôt, mais qui perd l’essence de base de son travail. Il n’y a pas de critique sociale, il n’y a pas de transformation psychologique, juste une touche d’invraisemblance dans chacune des actions des personnages, en particulier Laura et les frères Muntanyola, Thomas et Teresa. Ainsi, nous trouvons une protagoniste qui se repent de ses actions précédentes et qui récupère la vie conjugale avec une étonnante facilité, et l’opposition constante de sa belle-sœur: «Il faut avoir de la patience et savoir se taire» (p. 9) telle est la devise de la nouvelle Laura. Et le but, marqué par le symbole de la ville de Comarquinal: « Il était temps de pénétrer le sourire des saints, qui est offert à tous les hommes, à moitié bons ou mauvais, tous enfants de Dieu. » (P. 32).

L’élément le plus novateur et intéressant est le nouveau cadre historique déployé dans le roman: les années trente, avec le déclenchement de la guerre civile et la victoire des nationalistes (p. 50). Un contexte social et culturel qui démontre l’ambiguïté des classes catalanes dans le conflit, comme une critique directe de l’excès anticléricale (p. 129). L’intrigue du premier roman est reprise et défendue, comme la mort subite de l’oncle Llibori, avec beaucoup d’habileté, ce qui définit les deux romans comme une suite sans interruption.

Quand à la technique discursive, il faut souligner l’augmentation de l’oralité, en particulier dans certains petits fragments qui sont susceptibles de se trouver dans le discours intérieur rapporté des personnages (p. 43). De même, et comme dans la version cinématographique du premier roman, il ya une augmentation de l’érotisme dans la relation entre Laura et Thomas. (P. 47). Toutefois, une seconde partie, très peu probable, qui conduit à des expressions de surprise des personnages : «Qu’en est-il de Laura?” (P. 154).


Les zones humides

19 March 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , | Sense comentaris »

zones humides001Les zones humides, Charlotte Roche, Barcelone, Proa, 2009 (2008)

Le roman de Roche se présente au lecteur, depuis la couverture, comme «le livre le plus révolutionnaire jamais écrit sur le corps de la femme », reste cependant un livre plein de clichés qui essaie de tromper sa réception par l’approche de situations scabreuses, de mauvais goût et au sens érotique. Une protagoniste de dix-huit ans, Helen, dont le seul objectif est de réunir ses parents, pour qu’ils revivent ensemble à nouveau, tout en utilisant des prétextes absurdes pour y arriver, n’est rien d’autre qu’une narration simple et rapide qui ennuie le lecteur. Après cinquante pages qui décrivent des trous dans le corps, d’invitations à des jus de fruit et des flots divers, la monotonie règne dans l’histoire sans histoire. Autrement dit, un livre dont on peut se passer, intéressant pour ceux qui cherchent une lecture facile qui peut se briser en petits morceaux. La trame – peu élaborée- n’avance pas, le personnage ne se développe pas. Et une fin invraisemblable rompt la voix narrative qui est fière d’avoir atteint la maturité, si bien que, en tant que femme majeure, peut désormais vivre seule sans ses parents.


Hommes

10 March 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , | Sense comentaris »

simo-homes001Isabel-Clara Simó, Hommes, Alzira, Bromera, 2010

Les vingt-deux histoires d’Isabel-Clara Simó ont quelque chose en commun avec les Vingt-deux contes (1958) de Merce Rodoreda, le nombre magique qui calcule le nombre d’histoires inclus dans le volume. Cependant, rien de plus par rapport aux objectifs des histoires de Rodoreda, les contes de Simó sont pleins d’ironie, de sarcasme et, finalement, ils représentent une vision souvent déformée de la réalité masculine. Si dans Femmes (1997), l’écrivain traitait d’un même ton, la vie quotidienne des femmes dans notre société, c’est maintenant au tour des hommes. Toutefois, il existe deux précédents chez la même auteur, d’une part, Angelets (2004), les dix histoires qui traitent assidument les clichés sur les enfants, et d’autre part, Chers hommes (Une caricature) (2001). A cette occasion, le titre a été plus direct: Hommes. Tout cela, parce Isabel-Clara Simó continue sa brillante carrière de conteuse, l’un des genres qu’elle développe et maitrise le mieux.

Si dans Chers hommes, l’auteur a exposé sa vision critique du comportement social de l’homme, tout en étant consciente que «j’ai fait une caricature, le grotesque et exagérée, comme toutes les caricatures» (p. 10), maintenant dans Hommes, elle a fait une application pratique. Elle l’explique dans la préface: «Si je me suis approchée, littérairement parlant, ça a été avec tendresse, en essayant de les comprendre. Et parfois, bien sur, en les condamnant. » (P. 5). Il est évident que pour ceux qui connaissent la carrière de l’écrivain, ce livre était nécessaire. Une vision ironique, humoristique, sarcastique, incisive, sur l’autre moitié de la société qui n’a pas toujours été la pièce maîtresse des histoires d’Isabel-Clara Simó, qui sait décrire comme personne le quotidien. Elle cherche la provocation et la réflexion, avec des titres comme « Le malheur d’être un homme » ou « Je n’aime pas ma femme», et l’approche des conflits de chaque histoire. Des conflits qui se naissent aussi de l’admiration pour les femmes comme «Le tatouage»: «Ma femme a une chatte poilue, très sensuelle. Moi j’adore, mais, attend, quand tu es en maillot de bain, épile-toi, tu ne vois pas qu’on est ridicules toi et moi ? » (p. 43). Toutefois, les conflits peuvent aussi être résolues de manière civilisée –comme le proposait Carles Soldevila, dans des œuvres comme Civilitzats, tanmateix (1921), dans Moment musical (1936) ou dans Une alarme- comme nous le lisons dans « De tois à mois » -un titre qui nous renvoi directement à celui de Pere Calders publié en 1984 -.

Tout se relativise, même le sexe ou le désir. Ainsi, avec une référence sans doute inconsciente à un article précédent du même auteur, «Plaisir de femme», nous lisons: «Le désir féminin est composé d’autres ingrédients. [...] Une femme qui désire veut se sentir désiré, et, en tant que femme, valorisé. [...] L’homme désire avec frénésie. Il peut même être violent, s’il n’est pas très attaché à sa culture. Parce que sa faim est désespérée, atroce, dépravée même. » (P. 77). L’histoire qui avec le plus d’insistance renvoie le lecteur à une histoire précédente de l’écrivain est «Chaussettes jetées par terre », une approximation de la réalité sur les conflits des couples au milieu des notions de progression et de libération qui étaient déjà présentes dans « Rosina, my darling » d’Histoires perverses (1992), un véritable joyau. Nous trouvons un autre parallèle dans «Je n’aime pas ma femme» et «Amour de mère », de Femmes (1997), où les reproches proviennent de l’époux qui déteste sa femme et, en partie, son fils lorsqu’il venait de naître : «Il était laid : ridé, rouge, plus velue que de coutume … » (P. 129). L’utilisation de deux chiens comme centre de l’histoire est aussi très suggestive. « Bobi » et « Mon chien, star », deux animaux qui, malgré les préjugés personnels de l’auteur, avait déjà eu un rôle important dans le récit érotique « Chiens » de Droit au but (2006). Et, « Le rapport », une vision hilarante située dans le cadre de la vision objective des aliènes qui décrivent la condition humaine, et ou nous pouvons trouver des explications très suggestives comme : «Dans la plupart de la population humaine, la naissance d’une petite femme, qu’ils appellent une fille, leurs causent un grand déplaisir » (p. 110).

Le livre est riche en discours et structures. Il y a donc une alternance entre le récit à la première et la troisième personne, et l’ajout de lettres et même d’interviews, une structure formelle qui guide une histoire comme «Où allons nous finir? ». L’existence d’une seconde personne, une sorte de « tu » incisif, augmente l’effet sarcastique du ton, et nous entendons donc le narrateur s’adresser au pauvre homme et lui dire :

Toutefois, en public, avec des gens autour de toi, tu dois dire qu’elles sont supérieures, en tout, qu’elles ont plus de qualités que nous et que ce n’est pas juste que des agresseurs sans scrupules abusent d’elles. Et tu dois le dire mon gars, que tu le crois ou non (surtout si tu ne le crois pas), si tu ne veux pas être un hors la loi. (P. 13)

En bref, c’est un grand livre, une grande lecture, où la perspective d’analyse nous permet de comprendre, en dépit de l’ironie, un concept ouvert, même ambiguë, de la sexualité masculine. Une mise en garde à la coexistence entre les hommes et les femmes dans notre société avec le style caractéristique, direct et incisif, d’Isabel-Clara Simó.


Le bal

18 February 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , , | Sense comentaris »

el ball-némirovsky_0003Le bal, Irène Némirovsky, Barcelone, La Magrana, 2006 (1930)

Un nouveau bijou de l’écrivaine d’origine ukrainienne. Un court roman sur lequel j’ai eu la chance de voir cet hiver à Barcelone, l’adaptation théâtrale, avec Sol Picó en tant que responsable de la danse et l’un des personnages clés, Antoinette. Une vision claire et amère sur la haute société parisienne, sur les hypocrisies qui retombent sur une famille juive -le père, Monsieur  Kampf – qui s’est élevé socialement en raison d’un enrichissement soudain des affaires. La situation de crise qui provoque l’organisation d’un bal de présentation de la haute société et le fait que personne ne vienne –à cause de la méchanceté da la fille- revient à ses personnages – l’exemplaire mariage des Kampf – le lieu d’origine, le monde des passions et de la condition grossière de l’homme.

À travers tout cela, un sentiment autobiographique, la passion pour la danse, comme le manifeste le même auteur dans ses lettres à ses amies, après avoir déménagé pour vivre en France après le déclenchement de la révolution soviétique: “Je danse soir et matin. Il y a chaque jour dans différents hôtels des galas très chic, et ma bonne étoile m’ayant gratifiée de quelques gigolos, je m’amuse bien “(Suite Française, Préface de Myriam Anissimov, Denoël, 2004, p. 21.).

Un rendez-vous réussi pour nous  raconter l’une des passions de la jeune Némirovsky, pour comprendre ce qu’il y avait derrière l’un de ses premiers livres. Ainsi nous pouvons comprendre la valeur de l’interdiction de la mère à la fille rebelle d’assister au bal organisé – sous le prétexte  qu’elle n’a pas encore quinze ans- et comprendre sa vengeance.

La réflexion psychologique de la protagoniste nous renvoie à une tonalité située dans des textes de Carles Soldevila -plus ou moins contemporains- tel que, par exemple,  Valentina (1933). Même les déclarations intimes d’Antoinette nous rappellent Aloma (1938) de Rodoreda. Une innocence qui se perçoit dans des phrases comme “Je pensais, que j’avais un fiancé … Il est certain que maintenant ils s’embrassent comme dans les livres. Il doit lui dire : je t’aime. Et elle? Elle doit être sa maitresse? “(P. 41 ). Une confirmation par conséquent de l’intérêt des écrivains de cette génération, et de ce moment pour représenter un groupe social en ascendance, celui des jeunes femmes instruites et riches, qui deviennent un miroir parfait de la société dans laquelle elles se trouvent, que ce soit en France, en Catalogne. Des jeunes femmes qui sentent l’anxiété de l’injustice de leurs familles, comme c’est le cas de Valentina, ou d’Antoinette: «Je voudrais m’aller très loin, ou mourir …”( pp. 47). Un roman clé pour comprendre les œuvres postérieurs de l’auteur.


Le sort

18 February 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , | 2 comentaris »

el conjur-icsLe sort, Isabel-Clara Simó, Barcelone, Éd. 62, 2009

Le premier livre de poèmes d’Isabel-Clara Simó n’est pas la première offre publique de sa poésie. Avant nous avons pu lire, par exemple, les poèmes qui accompagnaient les tableaux d’Antoni Miró à l’exposition de 1995 ” ABCDARI AZ “. Lors de cette occasion, nous avons pu connaitre l’un des poèmes de  Simó,  l’ironie, le sarcasme, la vision pointue de la réalité. C’est ainsi qu’est le sort, un livre de poèmes narratifs, comme le dit l’auteur au “Proemio”, des poèmes qui s’adressant à la réalité la plus immédiate. Nous pouvons comprendre les mots précédents de l’écrivain comme une sorte de captatio benevolentiae, comme ceux que faisait Caterina Albert, mais sans aller plus loin, nous devons parler, comme nous l’avons si souvent vu dans des textes personnels ou autobiographiques de l’auteur, de sincérité. Bien que Simó ait déclaré: «Je ne prétends pas  être poète », le lecteur peut trouver une série de poèmes de  rimes libre avec un rythme naturel qui le rattrape sans cesse. Dans le livre on trouve les inquiétudes et préoccupations d’un écrivain qui a apporté un sens civique et de réflexion de notre société et notre culture dans tous les genres auxquels elle s’est dédiée, depuis la prose, le théâtre et maintenant, la poésie. C’est ainsi que nous pouvons souligner cette mise à jour de l’histoire de Jésus Christ dans « Le crucifié » (« Il était très maigre / vivre dans un pays / colonisé [...] Puis ils partirent et me tuèrent, / comme un terroriste. ») (P. 14-15). Et captivant, comme l’article qu’Isabel-Clara  a signé pour je journal « Avui » il n’y a pas très longtemps, mais assez loin pour l’objectivisé, sur la disparition de Xavier Dalfó Simó … (« Ta mort et la mienne » p.. 22-23). Et tendre et enthousiaste la poésie, adressée à Ovidi Montllor (« Animaux », pp. 27-29). Il est évident que le récit se surpasse, notamment dans deux des trois chapitres ou paragraphes avec lesquels l’auteur a ajouté les poèmes: « Épique » et « Dramatique ». Les compositions de la troisième partie -deuxième dans le livre-, «Lyrique», deviennent d’authentiques déclarations de principes, comme nous le lisons dans « Je ne suis pas toi », à notre père, l’un de ses meilleurs poèmes: « Si tu veux être mon ami, / apprend à aimer / Ce qu’il y a en dehors de / de toi même. » (p. 47). Un livre pour profiter  et réfléchir, comme la plupart des livres de Simó.


Cérémonie

1 February 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , , , | Sense comentaris »

Yasmine-cérémonieCérémonie, Yasmine Chami-Kettani, Paris, Babel, 1999

À propos du mariage du frère de la protagoniste, Khadija, l’écrivain reconstruit l’ambiance des familles marocaines pendant le temps de cette cérémonie. Khadija est une jeune architecte de trente-cinq ans après son divorce. Elle est retournée vivre chez ses parents et sa voix montre la contraposition de sa vie actuelle et les souvenirs du passé. Une histoire entre le poids de la tradition et la volonté de la liberté. Ses réflexions sont réalisées avec la complicité de sa cousine qui est venue aussi participer à la fête familière : Malika. Le mélange couvre le roman ; les sentiments contradictoires forcent Khadija à montrer son désespoir.

Le point faible de l’histoire est peut-être la conception et la concrétion du personnage principal. Khadija est le prétexte pour l’action, mais en même temps l’object de réflexion. Malgré tout, le fil argumentaire se perd à travers des histoires secondaires comme l’anecdote d’Aïcha, la cousine perdue.

Dans Cérémonie, nous écoutons la voix d’une femme qui avait lutté pour sa liberté : « allez, viens, maman, on n’a plus rien à faire ici, tu vois bien qu’il ne veut pas de nous » (p. 8), à propos de l’action négative de son père. Mais une réalité, « elle est lasse de lutter, et soudain n’a plus en elle que le désir de fuir » (p. 17), le passage du temps provoque en elle la perception de cette réalité : elle ne peut pas fuir  toute sa vie. Le moment le plus intéressant est la complicité construite entre les deux cousines,  Khadija et Malika ; c’est l’évocation de la force morale et humaine entre les femmes de ce type de civilisation où les femmes n’ont pas encore obtenu l’égalité face aux hommes. Et, finalement, un désir symbolique, la manque de sexe : « plus secrètement, elle voit dans sa fille un double inversé de l’époux, une fille sans sexe » (p. 49).