La bête du cœur
7 April 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: 1994, Herta Müller, novel·la, política, Romania, rural | Sense comentaris »
La bête du cœur Herta Müller, Alzira, Bromera, 2009 (1994)
En accord avec les précédents livres de l’auteur lus en allemand, tel que L’homme est un grand faisan du monde (1986), ce roman transmet la détresse et la souffrance de tous les côtés. Müller approfondit à nouveau la situation difficile et critique de la minorité allemande dans la Roumanie de Ceausescu. Cette fois, nous assistons à une nouvelle approche où plusieurs personnages, les quatre amis qui sont le point central de l’histoire (Georg, Edgar, Kurt et la protagoniste) ont un certain nombre de nuances de la lutte individuelle et à la fois la collaboration contre la répression de la dictature. Un groupe d’amis qui trouvent dans la littérature, la force d’avancer: «Nous cherchions les différences car nous lisions des livres» (p. 45). L’anonymat de la protagoniste -qui peut se confond sans aucun doute avec l’auteur elle-même – est le contrepoint avec l’histoire du suicide de la camarade de classe, Lola, violée par les responsables politiques du centre où elle étudiait. La fuite, que ce soit physique ou mentale, soit par l’exil en Allemagne soit par le décès-suicide, est proposé comme l’unique contrepoint de plusieurs personnages qui ne voient pas d’autre issue. La même issue à laquelle fut soumise l’auteur depuis 1987.
Ainsi, la cruauté de l’exposition narrative fournit un vaste ensemble de jugements qui relativisent le sens ultime de la mort: « toute mort est comme un sac.»(P. 7). Une insensibilité à la souffrance qui fournit des personnages froids, insensibles, agissant souvent comme des automates. Tout cela dans une nouvelle histoire remplie de beauté poétique – et non d’esthétique- où la prose devient un outil flexible, dynamique, rythmé, qui accompagne et séduit le lecteur. Avec la comparaison qui commence avec le titre « la bête de ton cœur est une souris» (p. 67). Une référence à la faible résistance du cœur, des sentiments, dans l’approche du comportement humain. Un sentiment de peur qui règne chez les jeunes personnages: «devant nos visages un groupe d’animaux fuyant est passé. J’ai alors dit à Georg: la bête de ton cœur émigre » (P. 74). Et l’évidence pour la protagoniste, ses limites: «La mort m’a sifflé de loin et j’ai dû courir pour aller à côté d’elle. Je le contrôlais presque. Seule une partie de moi résistait. Peut-être que c’était la bête de mon cœur. » (p. 93).
Une réflexion personnelle que nous, ceux qui parlons le Catalan, pouvons facilement comprendre, tout en localisant l’histoire sous le régime de Franco:
* Les livres de la maison d’été arrivaient dans le pays par contrebande. Ils étaient écrits dans la langue maternelle où le vent niche. Pas dans la langue nationale comme dans notre pays. Mais pas non plus dans la langue infantile du village. Les livres parlent la langue maternelle, mais elle n’exprimait pas le silence des peuples qui interdisent penser. Nous pensions, là bas, d’où provenaient les livres, tout le monde pensait. (P. 46)
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