Hommes
10 March 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: 2010, contes, crítica social, dona, Isabel-Clara Simó, psicològica, urbana | Sense comentaris »
Isabel-Clara Simó, Hommes, Alzira, Bromera, 2010
Les vingt-deux histoires d’Isabel-Clara Simó ont quelque chose en commun avec les Vingt-deux contes (1958) de Merce Rodoreda, le nombre magique qui calcule le nombre d’histoires inclus dans le volume. Cependant, rien de plus par rapport aux objectifs des histoires de Rodoreda, les contes de Simó sont pleins d’ironie, de sarcasme et, finalement, ils représentent une vision souvent déformée de la réalité masculine. Si dans Femmes (1997), l’écrivain traitait d’un même ton, la vie quotidienne des femmes dans notre société, c’est maintenant au tour des hommes. Toutefois, il existe deux précédents chez la même auteur, d’une part, Angelets (2004), les dix histoires qui traitent assidument les clichés sur les enfants, et d’autre part, Chers hommes (Une caricature) (2001). A cette occasion, le titre a été plus direct: Hommes. Tout cela, parce Isabel-Clara Simó continue sa brillante carrière de conteuse, l’un des genres qu’elle développe et maitrise le mieux.
Si dans Chers hommes, l’auteur a exposé sa vision critique du comportement social de l’homme, tout en étant consciente que «j’ai fait une caricature, le grotesque et exagérée, comme toutes les caricatures» (p. 10), maintenant dans Hommes, elle a fait une application pratique. Elle l’explique dans la préface: «Si je me suis approchée, littérairement parlant, ça a été avec tendresse, en essayant de les comprendre. Et parfois, bien sur, en les condamnant. » (P. 5). Il est évident que pour ceux qui connaissent la carrière de l’écrivain, ce livre était nécessaire. Une vision ironique, humoristique, sarcastique, incisive, sur l’autre moitié de la société qui n’a pas toujours été la pièce maîtresse des histoires d’Isabel-Clara Simó, qui sait décrire comme personne le quotidien. Elle cherche la provocation et la réflexion, avec des titres comme « Le malheur d’être un homme » ou « Je n’aime pas ma femme», et l’approche des conflits de chaque histoire. Des conflits qui se naissent aussi de l’admiration pour les femmes comme «Le tatouage»: «Ma femme a une chatte poilue, très sensuelle. Moi j’adore, mais, attend, quand tu es en maillot de bain, épile-toi, tu ne vois pas qu’on est ridicules toi et moi ? » (p. 43). Toutefois, les conflits peuvent aussi être résolues de manière civilisée –comme le proposait Carles Soldevila, dans des œuvres comme Civilitzats, tanmateix (1921), dans Moment musical (1936) ou dans Une alarme- comme nous le lisons dans « De tois à mois » -un titre qui nous renvoi directement à celui de Pere Calders publié en 1984 -.
Tout se relativise, même le sexe ou le désir. Ainsi, avec une référence sans doute inconsciente à un article précédent du même auteur, «Plaisir de femme», nous lisons: «Le désir féminin est composé d’autres ingrédients. [...] Une femme qui désire veut se sentir désiré, et, en tant que femme, valorisé. [...] L’homme désire avec frénésie. Il peut même être violent, s’il n’est pas très attaché à sa culture. Parce que sa faim est désespérée, atroce, dépravée même. » (P. 77). L’histoire qui avec le plus d’insistance renvoie le lecteur à une histoire précédente de l’écrivain est «Chaussettes jetées par terre », une approximation de la réalité sur les conflits des couples au milieu des notions de progression et de libération qui étaient déjà présentes dans « Rosina, my darling » d’Histoires perverses (1992), un véritable joyau. Nous trouvons un autre parallèle dans «Je n’aime pas ma femme» et «Amour de mère », de Femmes (1997), où les reproches proviennent de l’époux qui déteste sa femme et, en partie, son fils lorsqu’il venait de naître : «Il était laid : ridé, rouge, plus velue que de coutume … » (P. 129). L’utilisation de deux chiens comme centre de l’histoire est aussi très suggestive. « Bobi » et « Mon chien, star », deux animaux qui, malgré les préjugés personnels de l’auteur, avait déjà eu un rôle important dans le récit érotique « Chiens » de Droit au but (2006). Et, « Le rapport », une vision hilarante située dans le cadre de la vision objective des aliènes qui décrivent la condition humaine, et ou nous pouvons trouver des explications très suggestives comme : «Dans la plupart de la population humaine, la naissance d’une petite femme, qu’ils appellent une fille, leurs causent un grand déplaisir » (p. 110).
Le livre est riche en discours et structures. Il y a donc une alternance entre le récit à la première et la troisième personne, et l’ajout de lettres et même d’interviews, une structure formelle qui guide une histoire comme «Où allons nous finir? ». L’existence d’une seconde personne, une sorte de « tu » incisif, augmente l’effet sarcastique du ton, et nous entendons donc le narrateur s’adresser au pauvre homme et lui dire :
Toutefois, en public, avec des gens autour de toi, tu dois dire qu’elles sont supérieures, en tout, qu’elles ont plus de qualités que nous et que ce n’est pas juste que des agresseurs sans scrupules abusent d’elles. Et tu dois le dire mon gars, que tu le crois ou non (surtout si tu ne le crois pas), si tu ne veux pas être un hors la loi. (P. 13)
En bref, c’est un grand livre, une grande lecture, où la perspective d’analyse nous permet de comprendre, en dépit de l’ironie, un concept ouvert, même ambiguë, de la sexualité masculine. Une mise en garde à la coexistence entre les hommes et les femmes dans notre société avec le style caractéristique, direct et incisif, d’Isabel-Clara Simó.
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