Je voudrais, en réalité, que tout soit mensonge et énigme, fantaisie et illusion, d’une manière différente de celle que je voyais dans les miroirs. (Marta dessine ponts)
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Tout ce que j’ai, je le porte avec moi (Atemschaukel)

20 March 2010 | Autor: carles | Categoria: Quadern - Lectures | Tags: , , , , , , | Sense comentaris »

Müller-l'illa001Tout ce que j’ai, je le porte avec moi (Atemschaukel), Herta Müller, Alzira, Bromera, 2010 (2009)
Atemschaukel est le titre original du dernier roman de Herta Müller. Un nouvel échantillon de réflexion sur le silence qui peut faire bouger les gens dans une vie d’inertie et, dans le cas de l’auteur, reflète le désir d’expliquer la répression des Roumains de culture allemande après la Seconde Guerre mondiale. Sa propre mère fut déportée en Union soviétique et  passa cinq ans dans un camp de travail en Ukraine, son père aussi fut une victime. Toutefois, il s’agit d’un roman de sensations, de réflexions sur les limites de la condition humaine dans les situations les plus extrêmes.

Müller offre la nudité d’une communauté, la sienne, qui appartient à une culture étrangère de la nation qui les opprime. Si l’auteur a réussi en 1987à échapper à la dictature roumaine de Ceausescu pour s’installer à Berlin, ses personnages en revanche non. Donc, à cette occasion, les personnages assument avec résignation le statut d’opprimés et ils luttent quotidienne pour la survie. Le protagoniste, un jeune homme de 17 ans, est amené à travailler de force dans la reconstruction de l’Union Soviétique. Le paradoxe de l’histoire force l’oppression d’une communauté, victime du nazisme, qui une fois la guerre terminée, sont rendus coupables de complicité avec la nation de laquelle ils ont hérité la culture. Ainsi, un personnage juif, David Lommer, est également soumis à l’emprisonnement dans un camp de travaux, avec d’autres membres de la minorité allemande.

C’est un roman que l’auteur réalisait avec l’avis du poète Oskar Pastior, également originaire de la minorité allemande en Roumanie, décédé en 2006. De son expérience, ainsi que d’autres qui ont vécu des expériences similaires à celle de la protagoniste, Müller a construit l’un des textes les plus amers et plus intenses de sa carrière. Il s’agit d’une prose poétique, élaborée, exquise, sans concessions pour le lecteur, où la même réalité est vue sous différents angles. Semblable à L’homme est un grand faisan dans le monde (1986), avec un protagoniste résigné, à Windisch l’histoire final d’Atemschaukel est une vision à multiples facettes de la réalité qui est soumise à la vision particulière des personnages. Avec une construction syntaxique concise, précise, l’auteur propose un témoignage rétrospectif de Léopold Auberges, dès le premier moment de la déportation en 1945 jusqu’au retour en 1968, avec la simplicité de celui qui dit «tout ce que j’ai, je le porte avec moi.» Vingt-cinq ans  vécu avec la peur de celui qui ne sait pas si il va survivre à la prison de la lager, l’entrepôt où les gens vivent comme des bêtes.

Nous connaissons ainsi une voix intime, sincère, qui aborde des sujets aussi divers que l’absurdité des hommes politiques, la conscience nationale de la minorité allemande en Roumanie, l’homosexualité dans une société homophobe ou l’annulation de l’individualité au profit de la collectivité. Une des mentions spéciales est l’expression de l’appétit: «Il n’y a pas de mots pour décrire la douleur de la faim.» Les paroles du protagoniste sont un prélude à la construction du personnage symbolique de L’ange de la faim, un être omniprésent dans la conscience des protagonistes. Une histoire, donc, qui a été prépondérante dans notre échantillon de la littérature, au sein de ce thème, tels que les livres K. L. Reich de Joaquim Amat Piniella ou Les vaincus de Xavier Benguerel, tel que le parcours initiatique parallèle à la guerre de Mercè Rodoreda dans Combien, combien de guerre… Dans ce cas Herta Müller, prix Nobel de littérature nous présente son roman le plus complexe et intense ; l’architecture narrative qu’elle offre est proche de la perfection formelle, et tous les éléments insérés répondent parfaitement aux objectifs initiaux, c’est à dire la dénonciation de l’oppression sous toutes ses formes. La référence à la simplicité, aux sentiments qui accompagnent le voyageur sur le chemin de la souffrance d’Herta Müller dans ses comptes, constituent un chef-d’œuvre de la littérature mondiale.



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